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« J’affirme que le sujet principal de cette élection est le peuple français ! » | Modem 987
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« J’affirme que le sujet principal de cette élection est le peuple français ! »

L’essentiel du Discours de François Bayrou au Palais des Congrès de Dunkerque, jeudi 19 janvier.
Retrouvez l’intégralité de ce discours (en vidéo ou texte) sur Bayrou.fr.

« Tout un programme dans une France dont nous savons tous qu’elle a, elle aussi, bien besoin d’être reconstruite.

Nous sommes là pour ressaisir le destin de la France. D’habitude j’essaie de fuir les grands mots. Mais là je parle non seulement comme citoyen et élu du peuple, mais je parle en père de famille, comme tous les pères et toutes les mères de famille qui ont charge d’âme, et charge d’enfants. Je parle au nom des jeunes qui sont là et des jeunes qui viendront. Nous avons tous entre les mains le destin de la France !

C’est un moment préoccupant de notre Histoire. […]

Je voudrais, devant vous, en revenir une seconde aux causes parce qu’au fond, c’est cela qui est le plus important.

Derrière ces quatre fléaux, derrière le chômage, derrière la chute du pouvoir d’achat, derrière les déficits et la dette, il y a une cause principale, la même pour tous ces symptômes, une raison qui explique cette dégradation tous azimuts et dont nous avons réussi à faire en quelques semaines, en quelques mois, un des sujets centraux de la campagne présidentielle française.

Cette cause, c’est que l’on ne produit plus en France. Nous n’arrivons plus à produire, et je dis cela dans le Nord. Nous n’arrivons plus à fabriquer, à vendre, nous n’arrivons pas à produire ce que nous sommes obligés d’acheter à l’extérieur et ce que l’on appelle déficit du commerce extérieur, c’est-à-dire ce que l’on est obligé de sortir des ressources du pays pour aller l’engager vers des économies d’autres pays qui nous entourent, c’est une somme astronomique.

On a beaucoup de mal à imaginer ce que les sommes exprimées en milliards par exemple veulent dire. […] Je rappelle, par défense du calcul mental, qu’un milliard c’est 1000 millions. Le déficit de notre commerce extérieur c’est entre 60 et 80 milliards, selon le rythme. Cela veut dire entre 60000 millions d’euros et 80000 millions d’euros par an.

Mais là encore c’est abstrait, les milliers de millions d’euros, cela fait très loin comme chiffre. Je vais le traduire en salaire des Français parce que après tout, c’est cela notre question. Si vous divisez cette somme, 60 ou 80 milliards par le salaire annuel chargé d’un salarié moyen français, cela représente entre 2 et 3 millions de salaires annuels pour toute l’année de salariés français.

Et combien avons-nous de chômeurs ? … 2 700 000 chômeurs, si j’ose dire à temps plein. Ne cherchez pas ailleurs la cause des drames et des difficultés de l’appauvrissement du pays que nous avons devant nous. C’est un pays qui s’appauvrit et ce n’est pas étonnant que nous tous qui le formons, nous ayons chacun dans notre vie et dans nos familles le sentiment de ces difficultés-là.
C’est une hémorragie dont nous sommes victimes et donc, oui, je dis en effet que nous n’acceptons pas que cette situation dure. Nous allons y porter remède. […]

Je vous demande de partager avec moi une conclusion essentielle, précise, déterminante pour la réflexion des Français dans les semaines qui viennent, une affirmation qui, si nous la partageons, change tout pour le sens du scrutin que nous allons vivre. Cette situation-là, les fléaux dans le monde économique et social, l’école, le logement, l’État, nous ne la devons ni à la mondialisation, ni à l’Europe, ni à l’euro, ni à aucune cause extérieure. Nous la devons à des erreurs qui ont été faites chez nous, à des fautes d’orientations qui ont été décidées chez nous, à du laxisme et à des facilités qui ont été consenties chez nous !

Les causes sont chez nous et c’est chez nous qu’il faut que nous les corrigions, et c’est maintenant que cela va se jouer, c’est dans quelques semaines que nous allons le faire ensemble.

Contrairement à ce que tout le monde raconte, ce n’est pas la faute du système bancaire international, ce n’est pas la faute des multinationales, c’est la faute des décisions que nous avons prises et, la preuve, nos voisins Allemands, Néerlandais et même nos voisins Italiens, qui ont la même monnaie que la nôtre, qui appartiennent à la même Europe que nous, qui sont plongés dans la même mondialisation, eux ils produisent, eux ils fabriquent, eux ils vendent, eux ils exportent, eux ils effacent peu à peu et même complètement pour l’Allemagne les déficits qui les frappaient.

Ce sont nos voisins, avec les mêmes conditions de production que les nôtres, mais nous, nous avons 60 milliards de déficit et, s’agissant des Allemands, ils ont 120 milliards d’excédents.

La différence entre nous, ce que nous payons en trop, ce qu’ils reçoivent en plus grâce à leur travail, c’est 6, 7 ou 8 millions de salaires annuels chargés.

Alors, ne vous étonnez pas qu’en Allemagne il y ait une grande vague de licenciements ces dernières semaines, et cette grande vague de licenciements, c’est à l’Agence pour l’emploi parce que il n’y a plus de chômeurs tandis que nous, nous avons réussi l’exploit de licencier 1800 personnes il y a SIX mois à l’Agence pour l’emploi et d’en réembaucher 1000 soit disant hier en CDD parce que désormais la marée des chômeurs est en train d’emporter les digues.

Et pareillement, ce n’est ni la faute de la globalisation ni de la mondialisation, ni de l’Europe, ni des marchés financiers, que sais-je, si nous n’arrivons pas, si nous n’arrivons plus à apprendre à lire à nos enfants à l’école, si le calcul devient un labyrinthe que tant d’enfants ne maîtrisent plus même de manière élémentaire. Ce n’est la faute à personne. C’est chez nous que cela se passe et c’est chez nous qu’est la responsabilité.

Alors, devant tant de recul, tant de démissions, tant de capitulation, il nous faut proposer aux Français dans cette élection une orientation nouvelle fondée sur deux volontés, deux esprits : l’esprit de résistance et l’esprit de reconstruction. […]

Eh bien, je vous le dis, l’enjeu de cette élection, c’est que ce que nous avons perdu, ce qui s’est éloigné, ce qui a disparu, ce qui s’est égaré, mes amis, citoyens, nous allons le retrouver !

Nous allons à nouveau faire rimer le nom de France avec le beau mot de résistance !

Nous le ferons pour nous, mais nous ne le ferons pas seulement pour nous parce que nous ne devons jamais perdre de vue, nous qui nous adressons aux Français, que ce que la France fait, elle le fait pour elle-même bien sûr et pour ses citoyens, son peuple, mais elle le fait aussi pour beaucoup d’autres sur la planète, d’autres peuples qui, pendant des siècles et des décennies, ont regardé la France comme un espoir, comme un horizon, comme un projet unique qui intéressait non seulement les Français, bien sûr, mais qui intéressait toutes les femmes et tous les hommes de liberté, toutes les femmes et tous les hommes de conscience qui représentaient un espoir -souvenez-vous- aussi bien pour les dissidents soviétiques que pour les martyrs du génocide cambodgien.

Et ce verbe « résister », il faut maintenant que nous le conjuguions au présent devant toutes les fatalités qui sont les nôtres.

À l’enlisement, nous allons résister.

À l’appauvrissement, nous allons résister.

À la fuite des activités, nous allons résister.

Aux compromissions nous allons résister.

Aux privilèges excessifs et indus, nous allons résister.

À l’illettrisme nous allons résister.

À l’argent roi, nous allons résister.

À l’affaiblissement de l’Europe nous allons résister.

Et au fond, quand on regarde l’inacceptable, il y a trois étapes toutes simples. Voilà ce que chaque citoyen doit se dire :

Devant l’inacceptable, d’abord je dis non. Devant l’inacceptable je résiste, et devant l’inacceptable je prends la décision de changer le monde.

Changer le monde, non pas se résigner et après tout changer le monde, changer la cité dans laquelle nous vivons, changer la société, c’est cela qui est civique, c’est cela qui est citoyen.

Mais résister, cela impose non seulement une détermination intérieure, une volonté inébranlable, une stabilité dans ses choix, toutes qualités que nous réclamons, mais cela impose aussi que se rassemblent, même s’ils sont différents, ceux qui partagent le même refus et la même volonté.

Vous trouverez là le premier écho de cette phrase que nous avons inscrite au fronton de la campagne électorale qui s’ouvre : « Un pays uni, rien ne lui résiste ». […]

C’est là qu’en est la France, c’est dans ce besoin de rassemblement-là, cet esprit de résistance et de reconstruction impose qu’un peuple se reforme, se construise une conscience, qu’il prenne en main son propre destin.

Eh bien ce gouffre entre le peuple et ceux qui sont censés le représenter, le diriger, ne vous trompez pas, c’est sous les pieds de la France qu’il est ouvert et c’est la République qui risque d’y tomber !

C’est pourquoi j’affirme que le sujet principal de cette élection est le peuple français.
J’affirme que la France ne peut s’en sortir que si c’est lui, le peuple français, qui prend en main le destin de notre pays sans se laisser détourner par aucune des tentatives qui chercheront à lui dicter son choix.

La clef de la résistance d’abord, de la reconstruction ensuite, est dans l’adhésion du peuple français dans son ensemble, dans son unité aux choix qui vont engager l’avenir du pays. […]

Ceux qui pensent que, pour parler peuple, il faut parler grossièrement ou que, pour parler peuple, il faut oublier la belle langue française ou qu’il faut agiter des sentiments bas, en général le plus près possible de la limite raciste, comme si « peuple » cela voulait dire fermé, obtus et vindicatif. Eh bien, je vous dis exactement le contraire.

Je vous dis au contraire que le peuple exige qu’on lui parle en grand, qu’on lui parle avec le même respect, la même grandeur et si possible plus encore de respect et de grandeur que l’on en met à parler aux puissants, avec une langue plus belle encore, et s’il se peut plus puissante, plus charnelle, plus évocatrice que la langue des Conseils d’administration où l’on est entre soi. C’est la langue des travailleurs et plus souvent la langue de ceux qui voudraient redevenir travailleurs, c’est la langue des pères et des mères de famille.

Je vous dis que ce que le peuple attend, c’est qu’on le prenne à la bonne hauteur et la bonne hauteur c’est plus haut encore que tout ce qu’ils peuvent imaginer.

Le peuple attend, le peuple exige sans avoir les moyens de se faire entendre qu’on le considère en responsable, en gouvernant, puisqu’il est le peuple souverain. […]

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, même si c’est difficile à croire pour un certain nombre d’entre vous, c’est une chance pour les Français que de nous trouver à ce moment de l’histoire où toutes les méthodes de production changent dans le monde.

C’est une chance aussi parce que c’est maintenant que, en Europe, le souci écologique va s’imposer à tous, va obliger tout le monde à changer de vision, toutes les familles et toutes les industries.

Cela va imposer tout de suite de changer toutes les méthodes de production, de conception des produits, de changer aussi -et je trouve que c’est un bien- la consommation, de penser différemment.

C’est vrai dans l’industrie, c’est vrai dans l’agriculture et, bien sûr, les agronomes, les biologistes et les vétérinaires… Tous ceux qui sont les ingénieurs de la vie auront à faire autant que les ingénieurs de l’intelligence et les ingénieurs de la matière.

Il y a un champ immense à reconquérir pour cette France qui veut résister au découragement, un champ immense de vrais emplois, d’emplois d’avenir, par exemple, d’emplois dans la recherche et la production pour les énergies nouvelles.

Je veux le dire spécialement aujourd’hui en pensant à ce que vivent les ouvrières de Lejaby. Je sais bien que l’on ne peut pas tout garder comme production, mais il est anormal et il n’est pas juste que, si l’on ne peut pas tout garder, on ne garde rien, que tous les produits disparaissent, quelle que soit la gamme de ces produits. Nous devrions au moins nous attacher par un effort collectif à conserver et même à reconquérir, dans la plupart des produits, au moins le haut de gamme, ce qui est le plus valorisable, ce qui rapporte le plus et, un jour, à partir du haut de gamme, viser à reconquérir aussi la moyenne gamme.

De même, dans l’éducation, il faut que nous commencions la reconstruction. Il est nécessaire, il est urgent, il ne doit souffrir aucun retard que nous apportions aux enseignants le soutien de la nation, eux qui sont si souvent mis en accusation, que l’on veut si souvent soumettre à la pointeuse.

Je dis qu’il est urgent de les reconnaître comme ceux qui sont en première ligne du combat le plus urgent et le plus difficile pour que notre pays relève les défis du temps qui vient et que chaque famille retrouve son espoir, son espoir à elle et, symétriquement, que nous prenions les décisions nécessaires d’organisation pour que, dans les cinq années à venir, nous retrouvions visiblement, concrètement et de manière vérifiée la place qui doit être celle de la France dans les classements de qualité des systèmes éducatifs, notamment élémentaires.

J’affirme que nous n’avons pas le choix et j’affirme aussi -pardon pour ceux que je vais choquer- que ce n’est pas uniquement ou d’abord affaire de moyens. Les dizaines de milliers de postes supplémentaires que certains promettent, je vous le dis, ils sont impossibles à trouver. Bien sûr, ils sont impossibles à financer, mais ils sont aussi impossibles à trouver parce que ce sont les candidats qui manquent et, même si on les trouvait, au fond, je suis sûr que cela ne changerait pas grand-chose aux résultats effectifs de l’école française. […]

C’est pourquoi va s’imposer au cours de cette campagne électorale une idée toute simple : si on veut le changement, il n’est qu’un moyen de l’obtenir, il faut que ce changement soit un changement républicain, un changement équilibré dans lequel tout le monde sera respecté et à partir duquel tout le monde pourra et devra reconstruire.

Quant à la question de la majorité législative, qui est si souvent posée, mes amis, elle est toute simple. J’emprunterai la réponse de quelqu’un qui s’y connaissait un peu : en 1981, François Mitterrand, quand les journalistes l’interrogeaient à ce propos… Je vous rappelle que, à l’époque, c’était une majorité RPR-UDF, Chirac plus Giscard d’Estaing, arithmétiquement cela faisait du monde et, arithmétiquement, les experts pouvaient
prétendre imaginer que François Mitterrand puisse l’emporter et que la majorité législative ne suive pas. Il avait une réponse toute simple que je vous livre. Il prenait son air impérial et il répondait : « Prenez-vous    les Français pour suffisamment inconstants pour m’élire comme président de la République en mai et me refuser en juin la majorité qui me permettra de remplir les engagements que j’aurais pris avec eux ? »

Eh bien, je n’aurai pas l’œil impérial ni même impérieux, mais je vous le dis : il y aura une majorité nouvelle à partir de l’élection d’un nouveau président de la République, ouverte et centrale qui sera en harmonie avec les choix que les Français auront consacrés dans les urnes au deuxième tour de l’élection présidentielle du 6 mai.

Mes chers amis, mes chers citoyens, c’est le seul moins moyen d’obtenir le pays uni sans lequel rien ne serait possible, car, nous le savons bien, nous Français : un pays divisé ne peut rien, mais un pays uni, rien ne lui résiste ! »

 

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